Culture & Art


D'Amélie Poulain au Steampunk : l'univers onirique de Caro et Jeunet

il y a 2 ans - Julie D.

Vous serez peut-être venus à Montmartre sur les traces d’Amélie Poulain… Profitez-en jusqu’en juillet 2018 pour aller à la Halle Saint-Pierre, voir l’exposition consacrée aux objets bricolés de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet. Ensuite, continuez votre chasse au trésor à la découverte de Paris, mais sur une autre piste, celle du « Steampunk » cher aux deux acolytes.

« Caro et Jeunet » sont un tandem de génie connus pour leurs films à l’univers étrange, peuplé d'objets bizarres et de décors parfois cocasses, parfois inquiétants. Leurs collaborations les plus connues sont les films Delicatessen et La Cité des Enfants Perdus. Jean-Pierre Jeunet est aussi, bien sûr, le réalisateur d'Alien Résurrection et Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain.

L’exposition permet de se replonger avec délices dans leur univers onirique et de retrouver les objets insolites qui peuplent leurs films.

Tout le monde se souvient de la lampe de chevet d’Amélie Poulain : le pied de lampe, un placide cochon en robe de chambre, aimait partager ses aphorismes pleins de sagesse sur la vie amoureuse mouvementée de sa propriétaire. La lampe fait partie des objets exposés à la Halle Saint-Pierre, en plein cœur du quartier d’Amélie Poulain – pour ainsi dire à la maison ! On retrouve aussi la boîte à souvenirs de Dominique Bretodeau (« Bretodeau, comme Toto! ») qu'Amélie rend à son propriétaire après de nombreux subterfuges.

Mais l’exposition rappelle aussi les côtés plus sombres de l’univers Caro et Jeunet, où évoluent des cyclopes Steampunk affublés d'un monocle au bout d'un bras articulé, « l'optacon », et où l'Alien prend l'aspect effrayant d'un avorton squelettique.

Halle Saint-Pierre, musée d'art brut à Montmartre

La Halle Saint Pierre, art brut et art singulier

« Dédiée aux formes les plus inattendues de la création », la Halle Saint-Pierre est un espace consacré à l’art brut et à l’art singulier, niché au pied de la Butte Montmartre – tout près des jardins du Sacré Cœur où Amélie Poulain emmène Nino Quincampoix dans une jolie chasse au trésor.

La Halle héberge aussi une librairie d’art-boutique et un café. En parallèle avec l’expo Caro et Jeunet, ne manquez pas « Turbulences dans les Balkans », à l’étage de la Halle, exposition consacrée aux derniers développements de l’art brut dans cette région.

De façon intéressante, Jean-Pierre Jeunet est un visiteur assidu de la Halle, et les créateurs et artistes qui y ont exposé par le passé ont suggéré de nombreux éléments de ses films. L'exposition comporte notamment des œuvres de la collection de la Halle Saint-Pierre, choisies par Caro et Jeunet pour les avoir inspirés.

Halle Saint-Pierre - 2, rue Ronsard, 75018 - métro Anvers ou Abbesses - ouvert tous les jours, de 11h à 18h, le samedi de 11h à 19h et le dimanche de 12h à 18h - attention, la billetterie ferme 1h avant la fermeture du musée - tarif plein 9€, moins de 15 ans 6€

Machine volante Steampunk

Steampunk, la nostalgie du futur

Mais le « Steampunk », c'est quoi, au juste ? Tout un univers né de l'imagination débridée de romanciers et artistes à la fois fascinés par le progrès technologique et inquiets de ses excès. Depuis les romans de H.G. Wells et de Jules Verne jusqu'aux pérégrinations d'Adèle Blanc-Sec dans un Paris peuplé de créatures effrayantes, le Steampunk cultive un imaginaire qui mêle la mode Belle Époque et les engins bricolés. Redingotes, crinolines et machines à remonter le temps avoisinent dans un joyeux fourre-tout.

Le « Steampunk », c'est aussi une communauté très vivante de fans, qui s'appellent en France les « vaporistes ».

Ce mélange de futurisme et de nostalgie, ces objets étranges et poétiques, on les retrouve dans une série de chromolithographies célèbres: « L’An 2000 » vu par Villemard. Dessinées en 1910, en pleine Belle Époque, ces saynètes délicieusement surannées décrivaient un futur ultra-technologique tel qu’on se le représentait à l’époque: conversations téléphoniques avec hologrammes, moyens de transport supersoniques, machines à tailler la barbe et à coiffer les dames. Même si on peut y reconnaître les ancêtres d’objets que nous utilisons tous les jours, la combinaison de bras articulés, de pavillons de gramophones et de vêtements 1900 fait tout de même sourire…

Le tournant du siècle, fin du 19e et début du 20e, est aussi l’époque du triomphe de Jules Verne. Le sous-marin du Capitaine Némo, le Nautilus, est un exemple éclatant de ces machines compliquées dont la fonction n’est pas toujours évidente mais qui ont une allure indéniable! D’ailleurs, vous pourrez retrouver les Mystères du Nautilus parmi les attractions de Disneyland Paris.

Jules Verne fut aussi une source d'inspiration non négligeable pour Caro et Jeunet, et reste le saint patron du Steampunk, à Paris comme dans le monde. « Le Jules Verne » est d'ailleurs le nom du restaurant au 2e étage de la Tour Eiffel, symbole Steampunk s'il en fût.

Les Mystères du Nautilus – Disneyland Paris – accessible en RER A, arrêt Marne-la-Vallée/Chessy, ou par le Disneyland Paris Express depuis Gare du Nord, Opéra et Châtelet.

Restaurant Le Jules Verne (Alain Ducasse) - 2e étage de la Tour Eiffel – avenue Gustave Eiffel, 75007 – métro 6 Bir-Hakeim, RER C Tour Eiffel

Mystères du Nautilus, Disneyland Paris

La collection d'automates et l'aéroplane Blériot du Musée des Arts et Métiers

Cette fascination pour les machines ingénieuses ne date pas d'hier – et ne date pas non plus de Jules Verne. Les bricoleurs poètes pourront continuer leurs rêveries au Musée des Arts et Métiers, qui possède une superbe collection d'automates de toutes les époques. Ce Théâtre des Automates montre notamment une Marie-Antoinette musicienne, joueuse de tympanon. Ses gracieux mouvements de tête produisent une impression étrange, presque vivante. Le Théâtre rassemble encore d'autres spécimens curieux, de nombreux jouets comme ce Don Quichotte aux fières moustaches peintes sur son destrier à roulettes, ainsi que d'autres musiciens, comme ce joueur d'orgue de Barbarie.

Au gré des galeries, on peut aussi admirer la machine volante de Louis Blériot, ancêtre de l'avion. Cet aéroplane est celui-là même qui permit à Blériot de traverser la Manche en 37 minutes en 1909 – et ce film d'époque, au noir et blanc grenu et tremblotant, aura certainement influencé les fans de Méliès que sont Caro et Jeunet. Le personnage de l'inventeur loufoque et audacieux, qui teste ses propres machines au péril de sa vie, est une figure bien connue du panthéon Steampunk !

Musée des Arts et Métiers – 60, rue de Réaumur, 75003 – métro Arts et Métiers ou Réaumur-Sébastopol – tarif : 8€, tarif réduit 5,50€, gratuit le premier dimanche du mois et le jeudi de 18h à 21h30

Monoplan de Louis Blériot

Station Arts et Métiers, ligne 11

La station de métro Arts et Métiers elle-même est bien connue des « vaporistes » pour son look à la fois rétro et futuriste, marque de fabrique du Steampunk... Sur les quais de la ligne 11, elle multiplie les clins d'œil, comme ces hublots qui font semblant de donner sur les profondeurs de la Terre, et qui mettent en scène des objets du musée des Arts et Métiers, comme la sphère armillaire ou le satellite Telstar.

Sa voûte elliptique, entièrement recouverte de plaques de cuivre rivetées, lui donne un look très particulier qui évoque la mécanique et les machines, de même que les grands rouages au bout du quai. Cette déco mise en place pour le bicentenaire du Conservatoire national des Arts et Métiers est due au scénariste Benoît Peeters et au dessinateur François Schuiten. Amis de longue date, ils ont collaboré à la bande dessinée fantastique Les Cités Obscures. Cet univers de science-fiction nous emmène, entre autres lieux, à « Brüsel » et « Pâhry » : ces deux villes imaginaires ressemblent à ce que pourraient être Bruxelles et Paris, si un urbaniste Steampunk fou les avait redessinées...